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C’est avec ce roman que je découvre Philippe Besson, et je n’ai clairement pas choisi le sujet le plus léger.

Un mois après le suicide d’Hugo, 14 ans, une marche blanche traverse la ville. Son père avance dans le cortège… et dans ses souvenirs. Les phrases qu’il n’a pas prises au sérieux, les signaux qu’il n’a pas su interpréter. Ce moment précis où sa femme lui a soufflé qu’Hugo n’allait pas bien… et où il a préféré penser que ça passerait.

Le livre est court. Mais je l’ai lu lentement. Parce que c’est lourd. Lourd de chagrin, de culpabilité, de colère. Même si mes enfants ne sont plus au collège, impossible de ne pas être bouleversée. On se demande forcément : est-ce qu’on aurait vu ? Est-ce qu’on aurait su faire mieux ?

L’auteur décortique la mécanique du harcèlement avec une précision glaçante. Les humiliations répétées. Les réseaux sociaux qui prolongent la violence jusque dans la chambre de l’adolescent. Le silence de la victime, paralysée par la honte. Les parents qui alertent… et se heurtent à l’inertie, à la banalisation.

Ce qui m’a frappée, c’est cette impuissance totale. Cette sensation d’engrenage. Une fois lancé, tout semble s’emballer jusqu’au point de non-retour.
Mais ce livre ne parle pas seulement de vigilance face à la souffrance de nos enfants. Il pose aussi une autre question, plus inconfortable : et si le nôtre était du mauvais côté ? Si, sans même mesurer la portée de ses mots, il devenait harceleur ? Parce que le harcèlement, ce ne sont pas que “les autres”. C’est aussi une éducation, des valeurs, des limites à poser. C’est notre responsabilité.

Le roman est écrit à la première personne, comme un long monologue intérieur. On est dans la tête d’un père qui se juge sévèrement. Qui cherche, trop tard, le moment où tout a basculé.

Ce n’est pas une lecture agréable. C’est une lecture nécessaire, douloureuse, brûlante d’actualité.
Un livre qui serre la gorge, qui met en colère, et qui rappelle une chose essentielle : écouter vraiment. Toujours. Et éduquer à la bienveillance, sans relâche.

Résumé éditeur :

Un mois après le suicide d’Hugo, 14 ans, une marche blanche réunit la ville de Saint-Nazaire. Vincent déambule dans le cortège, mais surtout dans sa mémoire. Combien de silences, de signaux a-t-il ignorés plus ou moins consciemment ?
 » Je crois qu’il se passe quelque chose avec Hugo, il n’est pas bien.  » À cette phrase de sa femme, il avait haussé les épaules. Et aujourd’hui, la culpabilité l’accable. À travers souvenirs et non-dits, Vincent tente de reconstituer l’engrenage qui a mené à la mort de son fils : le harcèlement scolaire insidieux, les humiliations croissantes, le déni général – la somme des petites lâchetés qui font les grandes tragédies…

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